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Chroniques

Opérations Places nettes XXL

Avr 3, 2024 | Articles | 0 commentaires

Très bien, parfait, l’État a semble-t-il fait ce que tout le monde réclamait, un nettoyage de certains quartiers sensibles, de grandes villes, en déshérence depuis trop longtemps. J’ai l’impression que l’opération Wambushu à Mayotte a donné des idées à Darmanin qui a reproduit peu ou prou la même matrice, le même esprit, l’adaptant aux conditions de la métropole.

Ces reprises de territoires, volonté affichée par le gouvernement, ont donné lieu à de très nombreuses interpellations, plusieurs milliers à ce jour, après Marseille, Paris, la Seine St Denis, Dijon, Toulouse, Nantes. Des centaines, de milliers d’euros, de kilos de drogue, des dizaines de véhicules, de biens frauduleux et de nombreuses armes ont été saisis.

En apparence, les choses se sont déroulées parfaitement, dans la concordance et l’harmonie judiciaire et policière.

Ne boudons pas notre plaisir, c’est nettement mieux que rien, les pouvoirs publics ont réagi après une trop longue attente des habitants des quartiers concernés totalement abandonnés depuis bien trop longtemps. Alors accordons un satisfecit aux décideurs politiques.

Maintenant il convient d’examiner en détail ces opérations.

Très faible nombre de déferrements devant la Justice, ce qui signifie que les pièces à conviction saisies n’ont pas trouvé leurs propriétaires, abandonnées dans les caves et faux plafonds des communs ou chez la “nourrice” étrangère au trafic. Cela demandera dès lors des mois d’enquête susceptibles de s’avérer infructueux, car il est très difficile de remonter un trafic en partant de la fin.

Ce grand nombre d’interpellations a pour objectif principal de purger les dossiers en attente. Individus recherchés pour notification ou exécution de jugement, faisant l’objet de mandat d’amener, d’arrêt, de recherche et autres motifs. Les nombreux OQTF et contrôles d’étrangers en situation irrégulière ont également contribué à ce chiffre élevé d’interpellations, qui rappelons-le, n’ont pas toutes donné lieu à des gardes à vue, lesquelles représentaient un gros tiers. Cela s’appelle bien un nettoyage, superficiel certes, et nous verrons après pourquoi, mais l’ensemble a le mérite de faire effectivement un début de place nette.

Autre raison posant question, à savoir la perturbation occasionnée dans les enquêtes de fond de la Police judiciaire. Il est fort probable que cela ait désorganisé les réseaux et brouillé les certitudes jusque là établies par les enquêteurs dans des dossiers faisant l’objet de surveillances précises des services d’enquête qui de fait, devront reprendre les hypothèses échafaudées jusqu’alors: téléphones jetés, fuites momentanées d’individus ou interpellations pour autre motif, lieux de caches modifiés, véhicules changés …. Ce qui aura pour conséquences de complexifier les investigations et de les prolonger, immanquablement. Ce sont pourtant ces dossiers qui permettent d’envoyer durablement et solidement les mis en causes en prison, de procéder à des saisies validées par la Justice, d’évaluer la profondeur et l’ampleur des trafics et des biens amassés. Il fallait bien une victime, ils en sont les premiers.

Enfin il est bon de nouveau d’insister sur quelques points. À troubler et saper les longs dossiers judiciaires autant que tout ceci soit efficace pour la paix et la tranquillité publique. Sans une politique d’immigration ferme, juste et cohérente, ce genre d’opérations restera boiteuse. Le mérite restant la saisie de drogue, d’argent et d’armes d’une part et de lancer de nombreuses enquêtes suite à ces découvertes d’autre part. Mais sans une volonté d’expulsion, de déchéance de nationalité et une fermeté dans les jugements donc les incarcérations à long terme des coupables de ces infractions, on ne fera jamais peur, on n’éliminera pas ce fléau, à peine le repousserons-nous de quelques mois, à peine le déplacerons-nous, et il sera reconstitué, modifié, remplacé à l’envi.

Sans aborder les lourdes défaillances de l’État dans la politique migratoire, il faut à minima concernant l’insécurité, imposer quelques principes. La prison dans l’état actuel des choses ne fait plus peur, c’est le moins qu’on puisse dire quand il n’est pas une fierté et une récompense, une décoration, un trophée. Il faut des quartiers spécifiques aux règles particulières pour certains délinquants de certaines délinquances, condamnés dès lors plus fortement. Les saisies de toutes natures font mal, mais elles doivent s’accompagner d’une grande fermeté dans les peines de prison puis d’une déchéance de nationalité pour pouvoir expulser, constituant ainsi la deuxième jambe. La politique migratoire d’ensemble doit être revue de fond en comble et automatiquement associée à la politique sécuritaire, car elle en est le corollaire. Et croyez-moi, par expérience, les immigrés et ceux bénéficiant de la double nationalité en ont une réelle peur bleue.

Sans cela, ces manifestations politiques et policières ne seront qu’éphémères, un mauvais moment à passer, la logique des pertes et profits inhérents à tout trafic. Car ces trafiquants ne se passeront jamais d’un juteux business, seul moyen d’assurer le niveau de vie de nombreux caïds de cité, mais également source de profit important pour la masse de jeunes oisifs, déstructurés, mais attachés à la culture du délit et de l’insoumission. Ces saisies ne manqueront pas, par ailleurs, d’être intégrées à leur “prix de vente” ou feront les choux gras d’autres réseaux épargnés par ces opérations de communication.

Sans les deux jambes, on avance tout doucement tandis qu’en face, ils savent courir!

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